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Fracture numérique en France : chiffres clés et inégalités invisibles

Numérique
Par Guillaume C. 9 janvier 2026

Fracture numérique, une inégalité structurelle toujours d'actualité

En dépit de l’augmentation du taux de connexion à Internet en France, les écarts d’accès, de compétences et d’usages des outils numériques persistent. La fracture numérique reste une réalité sociale, économique et territoriale.

Fracture numérique : qu’est-ce que c’est ?

La fracture numérique désigne l’ensemble des inégalités d’accès et de maîtrise des technologies de l’information et de la communication (TIC). Elle se manifeste à différents niveaux : équipement, connexion, compétences, usages et intégration dans la société numérique.

Définition et chiffres de la fracture numérique en France

En France, la fracture numérique recouvre une série d’inégalités sociales et territoriales. Selon l’OCDE, plusieurs facteurs influencent l’accès au numérique : âge, niveau de diplôme, revenu, lieu de résidence, ou encore situation professionnelle.

En moyenne :

  • Les jeunes de 16 à 24 ans sont 16 points plus nombreux à utiliser Internet que les 55-74 ans.
  • Les personnes ayant un niveau élevé d’études sont 15 points au-dessus de celles avec un faible niveau de formation.
  • L’écart entre les ménages les plus pauvres et les plus riches atteint 12 points en matière d’usage d’Internet.

Les territoires ruraux ou les zones peu denses restent sous-équipés, et certaines zones demeurent encore partiellement connectées malgré les progrès du haut débit.

Illectronisme, un indicateur en recul mais encore élevé

L’illectronisme désigne la difficulté ou l’incapacité à utiliser les outils numériques. D’après l’Insee, 15,4 % de la population de 15 ans et plus était concernée en 2021.

Parmi les profils les plus touchés :

  • 61,9 % des 75 ans ou plus
  • 24,2 % des 60-74 ans
  • 9 % des ouvriers, contre 2 % des cadres
  • 36 % des retraités, avec un pic à 53 % chez les anciens ouvriers

Les personnes vivant seules ou dans les DOM sont également plus exposées. Entre 2019 et 2021, l’illectronisme a reculé, en particulier chez les plus âgés. Néanmoins, les écarts se sont creusés entre les plus riches et les plus modestes.

Les entreprises et les territoires : une adoption à deux vitesses

Les petites entreprises adoptent plus lentement les technologies numériques, en particulier les outils avancés comme l’intelligence artificielle ou l’Internet des objets. La taille de l’entreprise reste un déterminant fort dans la capacité à innover numériquement.

À l’échelle territoriale, les zones urbaines denses concentrent les infrastructures de très haut débit. Selon les données disponibles, en 2017, moins de 1 % des habitants de la Creuse avaient accès au très haut débit, contre plus de 90 % à Paris.

Les 4 dimensions de la fracture numérique

Le concept de fracture numérique recouvre des réalités multiples. Au-delà de la simple opposition entre « connectés » et « non connectés », il s’agit de comprendre comment des inégalités se manifestent sur plusieurs plans. L’analyse distingue généralement quatre dimensions interdépendantes.

Fracture d’accès

La fracture d’accès renvoie à une inégalité matérielle : absence de connexion Internet fiable, défaut d’équipement, ou réseau de mauvaise qualité. Elle affecte en priorité les territoires où les opérateurs ont peu investi, comme les zones rurales, les quartiers périphériques ou les départements d’outre-mer.

Certaines populations disposent d’un équipement obsolète ou insuffisant (ex. ordinateur lent, forfait limité), ce qui freine l’usage quotidien. D’autres, bien que techniquement éligibles à une connexion, ne peuvent y accéder pour des raisons financières : coût de l’abonnement, achat de matériel, maintenance.

En 2021, selon les données disponibles, 91 % des foyers étaient équipés d’une connexion à domicile. Mais parmi eux, 6 % n’utilisaient pas Internet, montrant que la seule présence d’un accès ne garantit pas son utilisation.

Fracture d’usage

La fracture d’usage concerne les écarts de compétence numérique. Avoir un smartphone ou un ordinateur ne signifie pas savoir les utiliser pour accéder à l’information, interagir avec des services ou gérer sa vie numérique.

Selon l’Insee, 1,5 % des internautes ne maîtrisent pas les compétences de base dans au moins quatre domaines clés :

  • Recherche d’information
  • Communication en ligne
  • Utilisation de logiciels
  • Protection de la vie privée
  • Résolution de problèmes

La protection des données personnelles reste la compétence la moins acquise. L’usage d’Internet repose souvent sur des automatismes, sans compréhension des implications : mots de passe faibles, clics non maîtrisés, difficulté à repérer les arnaques ou à gérer ses traces numériques.

Cette fracture touche toutes les tranches d’âge, mais elle est plus marquée chez les personnes peu diplômées, les seniors, et les travailleurs précaires.

Fracture culturelle

Au-delà des usages techniques, la fracture numérique prend une forme culturelle. Elle se manifeste par une distance symbolique vis-à-vis des outils : peur de mal faire, manque de confiance, désintérêt ou rejet perçu de la technologie.

Certaines personnes considèrent le numérique comme inutile ou inadapté à leurs besoins quotidiens. D’autres ne s’y sentent pas légitimes, en particulier face à des environnements numériques complexes (sites d’administration, plateformes d’apprentissage, banques en ligne).

Cette fracture est souvent intérieurement vécue, sans lien direct avec le niveau d’équipement ou la connexion. Elle freine l’envie d’apprendre ou de se faire accompagner. Elle est fréquente chez les seniors isolés, les adultes peu alphabétisés, ou les personnes éloignées de la culture numérique scolaire ou professionnelle.

Fracture sociale

La fracture numérique renforce des inégalités sociales existantes. Elle limite l’accès à des droits fondamentaux dans une société de plus en plus dématérialisée : démarches administratives, accès à la santé, à l’emploi, à la formation ou même à la culture.

Un individu en situation d’illectronisme peut se retrouver exclu de services essentiels, ou dépendant d’un tiers pour accomplir des démarches. Ce phénomène crée une double vulnérabilité : sociale et numérique.

En 2021, 5 % des Français déclaraient avoir renoncé à une action car elle nécessitait Internet. Ce chiffre grimpe à 10 % si l’on considère ceux dont l’activité a été entravée.

Les effets sociaux de la fracture numérique sont visibles dans :

  • Le décrochage scolaire, accentué lors de la pandémie
  • La précarité administrative, en l’absence de relais physique
  • L’isolement relationnel, notamment pour les personnes âgées non connectées

La fracture numérique n’est donc pas un simple problème d’accès, mais un facteur de désaffiliation sociale, qui peut accentuer l’inégalité des chances à tous les niveaux.

Des initiatives pour une inclusion numérique

Depuis plusieurs années, l’État français et les collectivités locales développent des actions pour réduire l’écart numérique :

  • Création du service PIX pour évaluer les compétences numériques
  • Plan national pour un numérique inclusif lancé en 2018
  • Déploiement d’équipements et de formations via les médiateurs numériques
  • Soutien aux projets locaux dans les zones blanches ou en difficulté

Certaines communes ont mis en place des partenariats public-privé pour améliorer l’accès à l’ADSL ou à la fibre dans les zones non rentables pour les opérateurs.

Vers une réduction ou un déplacement des fractures ?

L’usage du smartphone a démocratisé l’accès à Internet, en particulier chez les jeunes et les classes populaires. Mais cette évolution a également déplacé la fracture vers les usages complexes : démarches administratives, navigation professionnelle, création de contenus.

La numérisation croissante des services publics ou du secteur de la santé impose une maîtrise fine des outils numériques. Ce qui n’était qu’un confort devient une condition d’accès aux droits.

La fracture numérique n’est donc ni résolue ni figée : elle évolue selon les technologies, les pratiques sociales et les politiques publiques. Sa persistance pose la question d’un numérique inclusif, réellement accessible à toutes les catégories de la population.

Comment lutter contre la fracture numérique et l’illectronisme ?