Devenir organisme certificateur permet de délivrer des certifications enregistrées au RNCP ou au Répertoire spécifique. Le processus est encadré par France compétences et impose des exigences strictes en matière de qualité, de pertinence et de structuration.
Dans ce guide nous vous expliquons l’ensemble des étapes du parcours.
Définition et rôle des organismes certificateurs.
Un organisme certificateur est une structure habilitée à concevoir et délivrer une certification professionnelle reconnue par l’État, inscrite au RNCP ou au Répertoire spécifique. Il peut s’agir d’un ministère, d’une université, d’une branche professionnelle, d’une chambre consulaire ou d’un organisme de formation.
Ces acteurs définissent le contenu de la certification (activités, compétences, évaluation), organisent les jurys, pilotent les procédures d’enregistrement auprès de France compétences, et peuvent habiliter des partenaires pour préparer ou évaluer les candidats.
Ils ont aussi la responsabilité de garantir la qualité, l’impartialité et le suivi du dispositif, dans le respect des règles fixées par le Code du travail.
Les 2 types de certifications reconnues.
Le système français de certification professionnelle repose sur deux répertoires gérés par France compétences. Chacun répond à une finalité distincte et obéit à des critères d’enregistrement spécifiques.
RNCP : Répertoire national des certifications professionnelles
Le RNCP recense les certifications professionnelles qui permettent une insertion ou une évolution sur le marché du travail. Il s’agit de titres, diplômes ou certificats visant une activité ou un métier clairement identifié. Chaque certification RNCP est classée par niveau de qualification et par domaine d’activité.
Deux modalités d’enregistrement existent :
- De droit : pour les diplômes d’État créés par les ministères (BTS, licence pro, titres professionnels).
- Sur demande : pour les certifications portées par d’autres organismes, après avis de la commission compétente.
L’enregistrement au RNCP permet l’éligibilité à divers dispositifs de financement publics comme le CPF ou les contrats en alternance.
Répertoire spécifique (RS)
Le Répertoire spécifique regroupe des certifications ou habilitations qui attestent de compétences professionnelles complémentaires, sans correspondre à un métier en tant que tel. Elles sont souvent utilisées pour renforcer un parcours principal ou répondre à des exigences sectorielles (ex. : habilitation électrique, certification en langue, logiciel métier).
L’enregistrement se fait uniquement sur demande, avec des critères centrés sur :
- la valeur d’usage de la compétence ;
- son utilité professionnelle avérée ;
- une évaluation rigoureuse.
Ces certifications peuvent également être finançables via le CPF, si elles sont inscrites au RS.
Les étapes pour devenir un organisme certificateur
Obtenir le statut d’organisme certificateur nécessite de suivre un processus encadré par France compétences. Chaque étape repose sur des exigences précises, tant sur le plan technique que réglementaire.
1. Définir le projet de certification
La définition du projet constitue la base de la démarche. L’organisme porteur doit d’abord identifier une activité professionnelle clairement définie, exercée sur le marché du travail, et pour laquelle une certification n’existe pas encore ou se révèle insuffisante.
La certification doit répondre à un besoin identifié en matière d’employabilité, d’évolution ou de sécurisation des parcours. Plusieurs sources peuvent appuyer cette analyse : enquêtes sectorielles, consultation des branches professionnelles, retours d’entreprises ou données publiques sur l’emploi.
Cette analyse est formalisée dans une note d’opportunité, document requis lors du dépôt du dossier auprès de France compétences. Ce document doit démontrer la pertinence socio-économique de la certification envisagée, en justifiant notamment :
- la cohérence entre la certification et les métiers ciblés ;
- les débouchés professionnels visés ;
- l’absence ou la complémentarité avec des certifications déjà existantes ;
- l’intérêt des employeurs ou branches professionnelles concernées.
La qualité de cette première étape conditionne l’évaluation du dossier par la commission compétente.
2. Construire un référentiel structuré
La construction du référentiel de certification est l’étape centrale du processus. Ce document formel décrit l’architecture de la certification et encadre son déploiement. Il se compose de trois volets complémentaires et obligatoires.
- Référentiel d’activités : il recense les principales situations de travail associées à l’emploi visé. Chaque activité est décrite de manière précise, en s’appuyant sur des observations de terrain ou des référentiels métiers reconnus. L’objectif est de cerner les conditions réelles d’exercice de la fonction professionnelle.
- Référentiel de compétences : il traduit chaque activité en compétences opérationnelles, en distinguant les savoirs (connaissances), les savoir-faire (gestes professionnels) et les savoir-être (comportements attendus). Chaque compétence est formulée de façon observable et mesurable.
- Référentiel d’évaluation : il décrit les modalités permettant de vérifier l’acquisition des compétences. Ce volet définit les outils d’évaluation, les critères de réussite, les types d’épreuves (écrites, orales, mises en situation) et les modalités de notation. Il doit garantir l’objectivité, l’équité et la traçabilité du processus de certification.
Le référentiel doit être rédigé selon les exigences formelles fixées par France compétences. Il constitue le principal support d’analyse lors de l’instruction du dossier.
3. Choisir le répertoire d’enregistrement
Le choix du répertoire détermine le positionnement réglementaire de la certification ainsi que les exigences à respecter. Deux options s’offrent à l’organisme selon la finalité professionnelle visée :
- Le Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) s’adresse aux certifications qui préparent à un métier identifié. Chaque certification RNCP est associée à un niveau de qualification et doit justifier d’une insertion professionnelle suffisante de ses certifiés.
- Le Répertoire spécifique (RS) concerne les certifications portant sur des compétences complémentaires ou transversales. Leur reconnaissance repose sur leur valeur d’usage avérée dans un contexte professionnel donné.
Le choix du répertoire influe directement sur le contenu du dossier, les critères d’évaluation appliqués par France compétences et les modalités de suivi post-enregistrement. Une mauvaise orientation du projet peut entraîner un rejet.
4. Déposer une demande d’enregistrement
Une fois le projet structuré et le bon répertoire identifié, l’organisme peut déposer son dossier via la plateforme dédiée de France compétences.
Le dossier doit contenir plusieurs pièces obligatoires, notamment :
- le référentiel complet (activités, compétences, évaluation) ;
- la note d’opportunité, démontrant le besoin sur le marché du travail ;
- les informations administratives sur l’organisme porteur (forme juridique, statuts, numéro d’agrément) ;
- des éléments de preuve de la valeur d’usage de la certification : partenariats employeurs, taux d’insertion professionnelle, données sur les anciens certifiés ou engagement des branches.
Un premier contrôle de recevabilité est réalisé pour vérifier que toutes les pièces sont présentes et conformes. Si ce contrôle est validé, le dossier est transmis à la commission de la certification professionnelle, qui analyse le contenu au regard des critères réglementaires.
Le traitement du dossier peut prendre plusieurs mois et donner lieu à une acceptation, un refus ou une demande de compléments.
5. Organiser le fonctionnement de l’organisme certificateur
L’enregistrement d’une certification au RNCP ou au Répertoire spécifique donne à l’organisme le droit de la délivrer, mais implique également la mise en place d’un dispositif opérationnel conforme aux exigences réglementaires.
Plusieurs éléments doivent être structurés :
- Désignation des jurys : l’évaluation finale des candidats doit être assurée par un jury indépendant, composé de professionnels qualifiés, en capacité d’évaluer objectivement les compétences visées.
- Traçabilité des évaluations : chaque session de certification doit être documentée. Les résultats, les supports d’évaluation, les décisions des jurys et les éléments de preuve doivent être conservés selon des procédures précises.
- Organisation des sessions : l’organisme doit définir les modalités d’inscription, de convocation, de passation et de restitution des résultats dans un cadre équitable et sécurisé.
- Système qualité : un dispositif interne de contrôle doit garantir la régularité, l’équité, la confidentialité et la fiabilité de l’ensemble du processus de certification. Ce système doit être formalisé et vérifiable.
L’organisme peut déléguer certaines étapes (préparation, évaluation) à des partenaires habilités, sous réserve de les encadrer par des conventions précises et de s’assurer du respect des exigences qualité.
Il en reste pleinement responsable devant France compétences.
6. Assurer le suivi et la conformité
Le rôle d’un organisme certificateur ne s’arrête pas à la délivrance de la certification. Il doit également assurer un suivi dans la durée, démontrer la pertinence continue de sa certification, et respecter un certain nombre d’obligations réglementaires.
Les principales exigences portent sur :
- la production d’indicateurs de suivi, tels que les taux d’insertion dans l’emploi, les taux de réussite, les retours des employeurs et des certifiés
- la mise à jour des référentiels, en fonction des évolutions du métier ou du secteur professionnel concerné
- la transparence des conditions d’accès à la certification, des critères d’évaluation et des modalités de délivrance
- la réactivité en cas de contrôle, que ce soit par France compétences ou un financeur public, avec obligation de fournir toutes les pièces justificatives demandées
En cas de non-conformité constatée (dérives dans les évaluations, dysfonctionnements graves, absence de valeur d’usage), l’organisme peut faire l’objet de sanctions : suspension, retrait du titre de certificateur, radiation de la certification.
Nos derniers conseils pour préparer efficacement votre démarche de certification.
1. Ancrez votre projet dans les besoins du marché : interrogez les employeurs, secteurs professionnels et acteurs de l’emploi pour valider l’utilité de votre certification.
2. Vérifiez l’unicité de votre certification : analysez les certifications déjà enregistrées pour éviter les redondances et positionner votre offre avec précision.
3. Mobilisez des experts du métier visé : associez des professionnels dès la conception du référentiel pour garantir la pertinence technique et la reconnaissance terrain.
4. Formalisez dès le départ votre organisation interne : anticipez la logistique liée à la gestion des évaluations, à la traçabilité des candidats et à la conformité réglementaire.
5. Définissez clairement vos modalités d’évaluation : veillez à ce que chaque compétence soit évaluée par des outils précis, adaptés et objectivables.
6. Apportez des preuves concrètes de la valeur d’usage : taux d’insertion, besoins exprimés par les entreprises, appuis institutionnels : construisez un dossier argumenté.
7. Suivez l’évolution du cadre réglementaire : le contenu des exigences évolue régulièrement : tenez-vous informé des mises à jour du vademecum et des décisions de France compétences.